Quand nous regardons nos montagnes, quand nous regardons les abords de nos villages de Balagne, de Castagniccia, du Niolu, ou d'ailleurs, nous voyons encore les stries laissées par le temps. Des rides creusées dans la pente à la sueur des hommes comme les marches d'un escalier immense conduisant vers les sommets. Autant de traces d'un travail gigantesque laissées par nos ancêtres, nos grands pères ou même nos pères pour délimiter des parcelles de cultures, des jardins, des vergers ou des parcs à bétail. Aujourd hui, la nature, inlassablement gagne des batailles en recouvrant de son maquis les efforts consentis par tant d'hommes à l'époque où la terre était pétrie comme une pâte pour donner son meilleur blé arraché à la sècheresse des pierres et cailloux sans cesse éloignés du soc de l'araire. De ces pierres, on en faisait des murs de soutien contre les orages des mois d'août ou des marches pour les sentiers des muletiers.
Tout autour des villages, les paysans travaillaient en choeur et au plus haut des montagnes on y battait le blé.....

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Sur l'AGHJA (l'aire de battage du blé) on pratiquait A TRIBBIERA (la séparation du grain de l'épi) à l'aide de boeufs ou de mulets que l'on faisait tourner en rond entrainant derrière eux une souche de bois ou une pierre appelée U TRIBBIU. De cette tradition montaient des chants de circonstance, des paghjelle centenaires. Le travail était stimulé par la gaieté et l'entraide d'un peuple paysan en quête de survie dans une existence d'autarcie......
...Et puis les temps ont changé avec les guerres, les morts au front, les veuves incapables de poursuivre ces lourds travaux, la grippe espagnole et enfin, le modernisme du progrès et la désertification des villages........
Aujourd'hui, il ne reste plus rien sinon que ces vestiges battus par les vents......mais, au détour d'un chemin, elle se dessine, l' AGHJA !
Toujours là ! Fière de témoigner qu'autour d'elle, jadis, des champs de blé berçaient au vent leurs épis gonflés pour des farines salvatrices de la faim, quand les moulins à eau, dans le fond des vallées ronronnaient du doux bruit de leurs meules.
C'est toujours une émotion de fouler son aire de pierres plates quand on se laisse envahir par l'atmosphère qu'elle dégage encore. Même la nature la contourne pour ne pas l'engloutir et la faire disparaître à jamais..... L' Aghja...
....Ecoutez encore les clameurs de ses chants qui résonnent :
I Chjami d'Aghjalesi !

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revellata

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girolata

Paroles et traduction d'un chant traditionnel intitulé TRIBBIERA

0 tribbiate, li bon’boi
È tribbiemu voi è noi
Chì lu granu tocca à noi
Ma la paglia tocca à voi.

0 gaspura, o gaspura !
Chì la paglia torni pula
,
Torni pula è torni granelle,
Ne feremu pane è bastelle o o o !

Via via, via via !
Vinti solli fà una lira,
Una lira fà un francu,
Veni è tribbia chi sò stancu o o o !

Volt'è gira è voca tondu
Chì lu tribbiu pigli fondu ;
Pigli fondu è pigli cima,
Volt'è gira cumè prima.

Battez le blé, les bons boeufs,
Travaillons ensemble
Car le blé est pour nous
Mais la paille est pour vous.
Sécheresse, ô sécheresse !
Que la paille devienne poussière,
Devienne poussière et devienne blé.
Pour faire des pains et des fouaces ô, ô, ô…
En avant, en avant !
Vingt sous font une lire,
Une lire fait un franc,
Je suis épuisé, vient me remplacer ô, ô, ô…
Tourne et vire et tourne en rond
Que le « tribbiu » aille au fond,
Au fond et sur le dessus,
Tourne et vire comme avant.