Les pendus de Corscia.

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Après la bataille sanglante de Ponte Novu et l'annexion de la Corse par les armées de France en 1769, un vent de révolte s'est semé dans les montagnes de Castagniccia et du Niolu.

Le 31 mars 1774 une Consulta secrète est tenue dans le Cap corse par des partisans qui décident d'envahir Corté. Pendant ce temps des habitants de Castirla se lèvent contre l'oppression et 400 hommes du Niolu et de Castagniccia décident de prendre les armes quand un des leurs est emprisonné par le Comte de Marbeuf, général du Roi Louis XV.

Le Roi décède le 10 mai 1774. Marbeuf est alors rappelé à la Cour et le Comte de Narbonne le remplace dans un climat contrôlé mais instable. L'homme décide alors de poser son empreinte.

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Comte de Narbonne. L'Histoire dit qu'il aurait pu être le fils naturel de Louis XV

Aussitôt s'entament de véritables massacres pour enrayer les mouvements partisans. Les emprisonnements, pendaisons, mises à sac des villages se succèdent sans relâche. Aucun jugement ou tribunal officiel ne valide ces mesures pourtant soutenues par l'Etat.

Les insurgés du Niolu décident alors de passer à l'action en attaquant les troupes militaires. Du coup 16 bataillons sont cantonnés à Merusaglia pour faire face aux conflits qui éclatent cà et là contre les convois et patrouilles de soldats. Les combats font rage mais des traitres, assurés de l'immunité pour eux et leurs proches, renseignent les chefs d'armée, pour favoriser les guet-apens.

Le 21 juin 1774 des Nuilinchi sont encerclés. Une soixantaine d'hommes sont faits prisonniers. La violence et la barbarie sont de mise. Les tortures pendant les interrogatoires, les chantages sur les familles sont les armes utilisées par les troupes. Les procès expéditifs sont lancés sur le champ, sans avocat, sans lois et sans règles. Les témoins à charge sont des traitres qui se vengent d'histoires de familles ou qui déposent contre une poignée d'argent, parfois sans même connaître les accusés.

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Plaque du souvenir à Corscia. Marcu Maria est inscrit âgé de 17 ans.

52 d'entre eux sont ainsi désignés pour être enfermés à vie dans les cachots du bagne de Toulon.

11 autres sont choisis au hasard pour être pendus et faire l'exemple. Parmi eux, un enfant de 15 ans: Marcu Maria Albertini. (d'autres disent 17 ans)

Les pendaisons sont organisées dans le début d'après midi du 23 juin 1774, au coeur du village de Corscia.

Les cadavres sont laissés en exposition pendant que les soldats pillent et brûlent les maisons des coupables. Les familles sont poursuivies hors des villages, les bétails sont égorgés.

Les rebellions vengeresses qui s'en suivirent durant tout l'été ne connurent que représailles sanglantes de la part des forces militaires. D'autres villages furent rasés en tuant inmanquablement ses occupants, sans distinction pour les femmes et enfants, les hommes étant déportés au bagne.

Ainsi le Colonel français Alexandre De Roux disait à ce propos:

" On espère que le mois ne se finira pas sans qu'on soit venu à bout de détruire entièrement cette race "

Aujourd'hui le groupe A Filetta consacre un de ses chants à cette tragédie, blessure de notre histoire, cicatrice de notre mémoire. Je vous invite à vous y plonger avec autant de complainte exprimée par Jean-Claude Acquaviva dans le sujet intitulé " AFiletta chante l'histoire de Marcu Maria" (chapitre "Histoire").