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NOËL EN CORSE: « FUOCHI, VIGILIA E SICRETI »

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Les Évangiles ne disent rien sur le jour de la naissance du Christ, aussi l'Eglise primitive ne le célébrait-elle pas. C'est à la fin du III° siècle, que l'Eglise d'Occident, adopta le 25 décembre comme véritable date de la Nativité du Christ et l'Eglise d'Orient se rangea plus tard à cette décision. Les autorités ecclésiastiques décidèrent donc de célébrer le 25 décembre car il était coutume chez les païens de célébrer ce jour là la naissance du soleil, ils allumaient des feux en signe de fête, les chrétiens prenaient aussi part à ces réjouissances.
Toute chrétienne qu'elle soit, la fête de Noël garde aujourd'hui encore quelques traces de ce lointain paganisme.

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Les feux de Noël

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Le point culminant de l'Avent se situait durant « a Vigila » la veillée de Noël. Le soir de Noël on retrouvait le rituel largement diffusé de la bûche « u ceppu di Natale », on mettait dans la cheminée autant de bûches qu'il y avait d'individus vivants dans la famille. Si on oubliait une bûche, il pouvait y avoir un mort dans l'année suivante. Au moment de se mettre à table, le père de famille faisait mettre tous ses enfants à genoux autour de la cheminée, avec une feuille de laurier dans la main. Le père de famille tenait de plus, un verre rempli de vin. Lorsque chacun avait pris sa place, il récitait quelques prières et ordonnait ensuite à ses enfants de jeter leur feuille de laurier dans le feu, par rang d'âge, en commençant par le plus jeune. La mère les imitait et, après elle, le père y jetait aussi sa feuille et son vin.

A Bonifacio toute la famille se tenait devant le feu le père avait dans ses mains une assiette où étaient déposés des desserts et un verre de vin, chacun, en commençant par le plus jeune, prenait une friandise et la jetait au feu, pour finir le père vidait le verre de vin dans l'âtre. Ces offrandes étaient accompagnées de prières, et de l'énumération à haute voix de tous les membres de la famille, les morts étant associés aux vivants.

A Bastia, la veille de Noël, on célébrait jadis, le « Cunfocu ».

Le gouverneur de la Sérénissime République de Gènes offrait au palais une collation dite « publique », mais à laquelle n'étaient en fait invités que les corps constitués et les « principaux » de la ville. On y entendait d'abord la lecture des voeux, venait ensuite le Cunfocu à proprement parler : le gouverneur allumait un grand feu de bois  sur lequel il jetait une carafe de vin et un plat de confiseries. Cette cérémonie dura encore jusqu'à la fin de la présence génoise.

Si la fête de Noël est essentiellement une fête familiale, dans certains villages on fait encore un grand feu « u focu natalescu » devant la place de l'église. Jadis le feu devait brûler jusqu'au premier de l'an; ce qui donne une dimension communautaire plus large au rituel et qui n'est pas sans rappeler les feux du solstice d'hiver.

Les enfants du village devaient passer dans chaque maison pour collecter des bûches pour le « focu ». Chaque famille donnait autant de bûches que d’occupants dans la maison en comptant même les défunts. La récompense était d’aller chercher des braises dans le « focu natalescu » pour les mêler à celles de leur « fucone » en guise de protection des esprits maléfiques.

Le repas de la vigile

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Clôturant le temps de l'Avent, le repas de la veille de Noël était toujours maigre « A chi manghia carne a vigilia di Natali, corpu di lupu, è anima di cane »  affirme le dicton.
Le repas de la vigile  n'est pas codifié, on y sert parfois, une soupe de pois chiches ou de haricots on y  ajoutait parfois des pâtes « i tagliarini », en signe de prospérité.

A Carbuccia on commençait par « Da à mangia a u bambinueddu » le geste rituel de donner quelques cuillères de soupe au feu, censées nourrir l'enfant Jésus.

La veille de Noël, à Ajaccio, on mangeait des pâtes cuites avec le bouillon de murène alors que le reste était servi frit et grillé.

A Bastia , on préparait aussi ce jour là, les anguilles grillées frites ou au four. Jadis  des tartanes emportaient vers Naples les grosses anguilles de Biguglia, « e capitoni », aux approches de Noël, les  familles napolitaines en consommaient aussi pour la vigile de Noël.

Mais le plus souvent on se contentait de quelques biscuits, canistrelli ou mustosi  et de fruits frais, nèfles, kakis, oranges, ou secs, amandes, noix, figues ou de quelques châtaignes grillées. Réunis autour du feu en attendant minuit,  on racontait «  e fole » des histoires de fées ou bien on jouait à prédire l'avenir, en jetant  des feuilles d'oliviers ou des grains de céréales dans le foyer brûlant .

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En Balagne, en Castagniccia et dans le Fiumorbu, s'est perpétuée jusqu'au début du siècle dernier la coutume des sept veillées où, les jeunes gens seuls ou en petits groupes, rendaient visite à sept familles. Ils amenaient une bûche, restaient un moment et partageaient les douceurs réservées à la veillée.

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Prières et secrets

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Entre le premier et le dernier coup de cloche, appelant à la messe de Minuit, tout était possible et les forces du mal pouvaient être annulées.
C'était entre le premier et le troisième coup que s'apprenaient « i segni » les « sicreti vardati » . Ce soir là les guérisseuses « signadore » celles qui signaient,  transmettaient oralement les formules des prières magiques qui étaient destinées à « lever le mal »

La famille réunie autour du feu en attendant l'heure du départ pour la messe , disait la prière des morts: « Eiu vi pregu, anima santi, Eiu vi pregu à tutti quanti; Seti stati come noi, si vinara come voi altri; Chi Diu vi dia pace e riposu in u santu paradisu E cusi sia" »

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Après la messe de minuit pour se sustenter et se réchauffer, on faisait griller contre la flamme de la viande de porc fraîche, i figatelli , i sangui natalecci , a rivia....Du vin, des châtaignes rôties, des beignets de courge et un gâteau au brocciu, complétaient ce sommaire repas.

On mettait sur la table un couvert en plus « u piattu di u puvarettu » et les enfants recevaient en cadeau « l'orange de Noël ».

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Noël est précédé de l'Avent, du latin « adventus », arrivée. L'Avent ou Carême d'avant Noël, durait autrefois six semaines environ, il commençait à la Saint Martin ou le lendemain de cette fête. Déduction faite des six à sept dimanches, non jeûnés, il y avait, de la saint Martin à Noël, trente six à trente sept jours de jeûne. Il fut réduit par la suite à vingt jours, il commençait alors le dimanche le plus proche du trente novembre. Suivait la période festive de 13 jours de Noël à l'Epiphanie.