01 septembre 2006

La Malmignatte ou la Veuve Noire Corse

Les dangers de la Veuve Noire.


La Corse est reconnue pour être une ile sans risque particulier pour le randonneur.
Hormis les règles de sécurité pour cheminer sur le célèbre GR20, rien ne vient souligner des dangers endémiques évidents si l'on reste sans faire allusion au cochons sauvages !
Mais, même si nous avons tous eu nos aventures propres, elles rejoignent souvent le burlesque du film "les randonneurs".
La Corse est donc bien réputée pour n'apporter aucun danger par sa faune notamment dans la famille des reptiles, sachant que l'ile ne connait que de nombreuses sortes de couleuvres, mais aucune vipère.
La seule particularité qu'il faut toutefois connaître et garder en mémoire, l'été, pendant nos déplacements dans le maquis, à la chasse, à la pêche, sous une pinède ou en simple promenade familiale, c'est la présence de certaines araignées qui peuvent, par leur venin, apporter des désagréments sérieux en cas de morsure. Attention donc à la Malmignatte, plus connue sous le nom de Veuve Noire !


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En Corse, la malmignatte, appelée aussi latrodecte de Corse est une espèce (Latrodectus tredecimguttatus) cousine de la veuve noire d'Amérique du nord.

La femelle est longue de 15mm (les mâles atteignent seulement 4mm) et reconnaissable par la livrée noire sur laquelle se détachent généralement 13 taches abdominales rouge sang, réparties en trois lignes sur l'abdomen et sous l'abdomen.

D'activité plutôt nocturne, on la trouve en pleine nature, dans les champs et les jardins, sous une pierre ou un tas de bois. Sa toile horizontale est très irrégulière et dépasse de sa cachette. Elle pénètre parfois dans les maisons où elle se réfugie dans les endroits humides.

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Signes cliniques :        
1. La morsure généralement indolore, peut même passer inaperçue.

2. 1 à 30 minutes plus tard, des douleurs sourdes s'étendent progressivement de la morsure à tout le membre mordu, puis à tout le corps, rappelant pour ceux qui l'ont "expérimenté" à une piqûre d'un poisson, la vive.        

3. Cette douleur s'accompagne progressivement de contractions des muscles thoraciques, abdominaux et faciaux, parfois aussi ces contractions musculaires sont localisées au membre mordu.

      
4. Une anxiété, tournant parfois à la sensation d'oppression, à l'angoisse, à la peur profonde et irraisonnée de mourir, apparaît lentement et peut durer plusieurs semaines, s'aggravant dans certains cas de troubles psychiques plus sérieux (confusion mentale, cauchemars à répétition)        

5. Deux ou trois jours plus tard, les ganglions lymphatiques sont sensibles au toucher, et la victime voit apparaître des éruptions cutanées et s’amaigrit de plusieurs kilogrammes        

6. Plus tard, en 1 à 3 semaines (sans traitement) tous ces signes régressent et disparaissent, laissant la personne très affaiblie et fatiguée pendant encore plusieurs semaines.


Les cas mortels sont très rares, liés à des complications cardiaques, à des défaillances respiratoires ou à une surinfection.

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Biologie :
Les analyses de laboratoire montrent une hyperleucocytose, une hyperalbuminurie et une élévation de la créatine phosphokinase, comme pour tout empoisonnement général.

Traitement :
Une hospitalisation est nécessaire pour surveillance et traitement. Ce dernier s'appuie sur l'utilisation du gluconate de calcium par voie intraveineuse pour lutter rapidement contre la douleur.
Il faut éviter les dépresseurs du système nerveux central. Les opioïdes et les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont inefficaces contre la douleur.
L'application d'une vessie de glace diminue la douleur chez certains patients.
L'antivenin spécifique de Latrodectus n'est utilisé que dans les envenimations graves, chez les patients à haut risque (enfants et personnes âgées par exemple) ou chez ceux qui présentent des symptômes persistants plusieurs jours après la morsure.
Le traitement basé sur l'injection d'un sel de calcium, qui supprime les contractions musculaires et les douleurs, puis d'un sérum anti-latrodecte est actuellement le plus utilisé.
En l'absence de ce sérum, les médecins injectent un relaxant musculaire, comme le dantrolène.
Un traitement par antibiotiques réduit le risque de surinfection et diminue l'inflammation des ganglions lymphatiques. Mais même avec ce traitement, très efficace s'il est administré dans les 24 heures suivant la morsure, la victime d'une morsure de malmignatte reste très fatiguée plusieurs semaines.


Précautions :
En Corse, le latrodectisme (la morsure de malmignatte) n'est pas rare, et selon les années on en recense jusqu'à plus de dix cas par saison estivale.
Ainsi il est important de respecter des règles de protection chez soi, ou en randonnée, comme ; ne pas marcher pieds nus, se protéger lors de travaux de débroussaillage, regarder ou l’on s’assoit, éviter de marcher dans les grandes herbes sèches, jambes nues, de poser ses vêtements à même le sol, de pique niquer par terre sans repérer les abords….

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02 septembre 2006

A Cuppulata Corsa

La Tortue d'Hermann

sa devise :...... "Chi va piano, va sano, e chi va sano, va lontano "

La lenteur de la Tortue n'est-elle pas la clé de sa longévité ?

Jean de La Fontaine, dans ses fables, la traitait déjà comme une reine intelligente capable de s'adapter au défi lancé par la rapidité et la fougue du lièvre conquérant.

Attardons-nous à la regarder de plus près:

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Nom scientifique : Testudo hermanni Nom corse : Cuppulata

Longueur:  jusqu'à 30 cm                Poids : de 1 à 3 kilogrammes


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Description :

Cette tortue terrestre a une carapace fortement bombée. Les écailles du dos (carapace) sont jaunes-verdâtres, ornées de stries noires. Les écailles du ventre (plastron) sont jaunes, traversées par deux bandes noires longitudinales. La queue est terminée par une griffe cornée.

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Habitat :

Elle préfère les basses altitudes (du littoral à 700 m). La tortue Hermann se trouve principalement dans le Sud de l'Ile mais aussi dans la plaine orientale (vallée du Tavignano)

Elle habite le maquis, les pelouses, les vergers, les lisières de forêts ou de cultures.

Elle aime particulièrement les sous bois clairsemés avec une couverture végétale de maquis mais aussi les terres sablonneuses.

Régime alimentaire :

La tortue d’Hermann est végétarienne (fleurs, feuilles ou fruits de différentes familles de plantes comme les Composées ou les Graminées).

Occasionnellement, elle peut capturer des invertébrés (Insectes, Gastéropodes) ou devient nécrophage (animaux morts).

Reproduction :

Ce n'est qu'à partir de 8 ans que les Tortues d'Hermann peuvent se reproduire.

La femelle dépose en moyenne 8 œufs au printemps dans le sol, sur des sites chauffés par le soleil. L'éclosion des œufs a lieu à la fin de l'été.

La tortue d'Hermann est une espèce qui vit le jour. Elle s'expose au soleil le matin, se cache aux heures les plus chaudes et reprend son activité en soirée. Elle hiberne pendant l'hiver. 

Longévité :

Elle peut vivre jusqu'à 80 ans. La mortalité est importante chez les jeunes tortues.

On estime que seulement 1 tortue sur 1000 pourra atteindre l'âge adulte.

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Menaces :

L'espèce est très fortement menacée par le développement de l'urbanisation qui fragmente et détruit son habitat (de plus, les routes sont des obstacles dangereux).

La fermeture des milieux, certaines pratiques agricoles (fauchage…) et surtout les feux représentent des dangers réels pour l'espèce, ainsi que les prélèvements d'animaux dans la nature. Ne la ramassez pas !

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03 septembre 2006

Le Mouflon Corse

S’il est un animal qui symbolise au mieux la Liberté, l’Indépendance et la Résistance, c’est bien le mouflon.

Les montagnes sont à lui et, pour l’homme qui l’a jadis décimé, il garde une méfiance éternelle qui mérite le respect.

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Le Mouflon corse, ancêtre du mouton domestique, est d’allure élégante et altière, malgré un corps assez trapu. Les mâles pèsent de 35 à 50 kg et mesurent 75 à 80 centimètres au garrot.

Ils portent de longues cornes spiralées courbées vers l’arrière et à croissance annuelle. Ce qui les différencient du bouquetin des Alpes.

Les femelles sont plus légères, 25 à 40 kg. avec, ou non, présence de cornes suivant les populations (groupes géographiques des hardes).

Chez les deux sexes il existe un masque facial blanc dont l'étendue varie avec l'âge. Le pelage est court et dense à l'exception du jabot des mâles. Brun Chocolat en hiver, il s'éclaircit en été.

En général, une selle blanche apparaît en hiver chez les mâles.

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Le rut a lieu entre octobre et décembre. La femelle donne naissance à un agneau, exceptionnellement deux, au printemps, entre mars et mai.

Le mouflon est un animal sociable. En règle générale, en dehors du rut, les mâles et les femelles adultes accompagnées de leur progéniture, vivent séparés au sein de groupes de taille variable suivant les saisons et les populations.

Capable d'adapter facilement son régime alimentaire, le mouflon présente une grande aptitude à coloniser des milieux très divers. Il affectionne les moyennes montagnes, les successions de collines, les grands espaces ouverts, les milieux plus ou moins accidentés et peu enneigés en hiver, les sols rocailleux et bien drainés, couverts d'une végétation herbacée ou arbustive. Il utilise les zones boisées pour se protéger de la chaleur et des intempéries et pour se nourrir l'hiver, pendant les périodes d’enneigement.

Cette souplesse d'adaptation a facilité la réalisation de nombreuses introductions en Europe pour préserver sa reproduction et sa réinsertion continentale.

En Corse, sur son île d'origine, il est présent depuis plus de 8 000 ans au nord, dans le massif du Cinto et Asco ainsi qu’au sud dans les secteurs de Bavella, à raison de 400 et 200 individus environ. Ces populations ont donc dépassé le seuil critique d'extinction. La chasse de l'espèce y est interdite depuis 1956.

En France continentale, la première introduction a été réalisée en 1949 dans le Massif du Mercantour où 65 populations sont présentes actuellement, puis dans 25 départements avec un effectif total estimé à 11 317 individus. On rencontre maintenant cette espèce dans les régions méridionales, les Pyrénées et les Alpes, notamment dans le Vercors.

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Les effectifs continentaux de mouflons sont en progression lente depuis une dizaine d'années et demeurent inférieurs aux potentialités des habitats méridionaux disponibles. Son avenir reste donc prometteur, et l'intérêt qu'il suscite auprès des utilisateurs de la nature, chasseurs, naturalistes, promeneurs le prouve. Malgré son statut d'animal "étranger", il a réussi son "intégration" dans de nombreuses régions.

Il ne commet que peu de dégâts sur les cultures et ne pose aucun problème aux sylviculteurs lorsque le site d'introduction a été bien choisi et se prête à un développement normal des populations.

Si en Corse, la ferme poursuite des actions de protection est la meilleure garantie de sauvegarde de l'espèce, son développement sur le continent est désormais à maîtriser car les populations d'ongulés autochtones sont florissantes.

Alors, si un jour, au cours d'une randonnée sur l'Alta Strada vous en voyez un aux aguets, montrez lui, par votre attitude, que l'homme a changé et qu'il ne lui veut plus aucun mal.....alors peut être que dans un avenir espéré, il nous pardonnera et se rapprochera à nouveau de nous.

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21 septembre 2006

La Tête de Maure ... Tout un Symbole !

Blasoncorse


La Tête de Maure ... Tout un Symbole !

La tête de Maure n’apparaît pour la première fois qu’en 1281, sur un sceau du Roi Pierre III dit le Grand, Roi d’Aragon et de Valence.
Elle est quadruple et entoure une croix. Ses successeurs continuèrent à se servir de cet emblème pendant un bon siècle. Les armoiries de la Sardaigne y doivent beaucoup.

En ce qui concerne la Corse, il faut savoir que l’emblème n’est pas né dans notre île.
Il y a été importé très justement par les rois d’Aragon successifs, au fil de leurs installations entre la fin du 13è et le début du 14è siècle.
S’il n’est pas exclu que certains chefs corses aient pu prendre la tête de Maure comme enseigne pour leurs fanions ou armoiries, il est en revanche certain qu’à ces périodes, le drapeau à la tête de Maure n’a pas encore été choisi comme drapeau officiel de la Corse.

Mais le 12 mars 1736 débarque à Aleria le baron allemand Théodore de Neuhoff qui, bardé indûment de titres prestigieux s’apprête à prendre le pouvoir sur l’Ile.
Théodore de Neuhoff se fait accompagner, dans sa marche triomphale à travers la Corse, d’un portrait où il figure en tenue d’apparat. Au bas de ce portait on voit un blason où l’on trouve :
au centre, un écu carré surmonté d’une couronne royale, elle-même surmontée d’un globe. Dans l’écu, une tête de Maure, tournée vers la droite de celui qui la regarde, portant un bandeau sur les yeux, noué derrière la tête.

C’est donc à ce roi d’opérette et à cet aventurier d’un autre temps (qui ne régna que six mois), que l’on doit la présence de la tête de Maure sur le drapeau officiel de la Corse.
Or, comme la popularité de Théodore de Neuhoff a été immense en Europe, la tête de Maure fut connue de tous ses Etats, comme le symbole officiel des armes de la Corse.

C’est toutefois avec Pascal Paoli que le drapeau à tête de Maure devient l’emblème officiel de la nation corse.
Bien qu’au début de son « Généralat » Pascal Paoli ne songea pas à innover en cette matière.
En effet il tint à garder l’emblème choisi, en janvier 1735, par les chefs insurgés (dont son père), lors de la  « Consulta » de Corté où l’étendard portait l’image de la Vierge Marie.
Mais en 1760 Pascal Paoli imagine un changement. Il introduit une innovation importante par rapport au drapeau de la « Consulta » de 1735, puisqu'il abandonne l'image de la Vierge et reprend la tête de Maure telle qu'elle figurait sur les cartes de l'époque et sur les armoiries de Théodore de Neuhoff.
Mais il y pratique une énorme différence : la suppression de la chaîne symbolisant l’esclavage.

Le 24 mai 1761, il est décidé de frapper la monnaie du Royaume, c’est à dire une monnaie portant les armes de la Corse dans une version définitive où un cartouche enferme une tête de Maure tournée vers la gauche, avec un bandeau sur le front, noué derrière la nuque et un collier à deux ou trois grains.

Pascal Paoli a effectivement décidé de relever le bandeau qui, jusqu’alors, était placé sur les yeux, dans les armes de Théodore de Neuhoff.
Un mot de lui, cité par l’un de ses biographes, nous donne la raison de cette décision :
" Les Corses veulent y voir clair. La liberté doit marcher au flambeau de la philosophie. Ne dirait-on pas que nous craignons la lumière ? "


L’histoire de la tête de Maure ne s’arrête pas là. La France la conservera sur ses drapeaux en y ajoutant les fleurs de lys mais en supprimant complètement le bandeau.
Puis la Révolution de 1789, dans un premier temps, donna, au tout nouveau département Corse, des armoiries avec une tête de Maure où s’inscrivait une devise : « La Loi, Le Roi ».

Mais, dès 1792 cette devise disparaît laissant seule la tête de Maure et les fleurs de lys.
Lorsque, plus tard, Pascal Paoli forme le royaume anglo-corse, la tête de Maure associée aux armes du roi d’Angleterre redevient, de 1794 à 1796, l’emblème officiel de la Corse.


Encore plus tard, le drapeau se dégagera des armes associées et des fleurs, pour verser dans la simplicité et la modernité.
Avec l’empire puis les Républiques, le collier disparaît comme la boucle d’oreille et le fond de l’étendard s’arrête au blanc immaculé.
Le visage s’oriente définitivement vers la gauche et le profil s’affine au niveau du nez et de la bouche.
Aujourd’hui la Tête de Maure a atteint son image définitive bien que des artistes cherchent à la faire encore évoluer.

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22 septembre 2006

Le 173° Régiment d'Infanterie

La Grande Guerre.... La Première Guerre Mondiale de 14-18

J'ai voulu ouvrir cette rubrique en hommage à tous ceux qui sont morts pour la France. Mais surtout pour tous ceux du 173° RI, le "Régiment des Corses".

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J'ai voulu une rubrique pour tous ceux de Balagne, de Cinarca, de Casinca ou de Castagniccia qui ont donné leurs 20 ans pour défendre notre liberté et notre honneur, là-bas, en Champagne ou à Verdun.

Pour tous ceux qui sont partis avant de connaître l'amour d'une femme, d'avoir pu être papa, cadavres affalés dans la boue, mangés par les rats, piétinés par des pas, enterrés cà et là, dans des cimetières perdus, loins de leur village.

Aujourd'hui leurs noms sont gravés sur nos Monuments aux Morts ou sur une plaque de la façade de nos Eglises.

Ils ont tous eu leur titre de gloire et ceux qui sont revenus ont raconté les exploits de leurs camarades de Corté, Bastelica, Sartène ou d'ailleurs, morts au cours d'un acte de bravoure entre deux tranchées sur la "cote 304" ou au "bois en Z". Ces braves qui, embarassés par la baïonnette au canon de leurs fusils, préfèraient attaquer l'ennemi au corps à corps, avec leur rustaghja qu'ils avaient ramené du pays à l'occasion d'une permission.

En Corse, sur 45 ooo hommes mobilisés, 11 325 d'entre eux ont été tués au front dont 3 541 appartenant au 173° Régiment d'Infanterie.

J'ai voulu refaire avec eux, le chemin qu'ils ont parcouru entre 1914 et 1918.....

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LE 1ER AOUT 1914

A 17h15, le Lieutenant-Colonel Châtillon, commandant provisoirement le 173° RI, reçoit à Bastia, le télégramme ordonnant la mobilisation générale et fixant comme premier jour le 2 août. L'ordre est transmis immédiatement dans les différents détachements du régiment, répartis sur l'ensemble de l'Ile.

Toute la Corse s'agite. Des villages, descendent tous ces hommes, les bagages à la main, le baluchon sur le dos, pour prendre le train à la première gare ou une voiture à cheval ou même cheminer à pied. Tous les réservistes répondent à l'appel pour rejoindre leur contingent. Les villes, les montagnes se vident en laissant derrière eux des mains qui s'élèvent vers le ciel en signe d'adieu des parents, femmes et enfants au détour d'un chemin ou au bout d'un quai.

Les opérations prévues pour la mobilisation des différentes unités s'effectuent rapidement. Les bataillons et compagnies détachés, sont dirigés par voie ferrée ou par voie de terre, dès le 5 Août, sur Ajaccio, d'où, par transports maritimes escortés, le régiment entier est acheminé vers Marseille. La mobilisation complète s'achève le 12 août dans la cité phocéenne.

Le 14 AOUT 1914 à 01h00 du matin, le régiment s'embarque en chemin de fer à la gare St Charles et quitte Marseille pour rallier Lyon, Dijon, Is sur Tille, Neufchâteau puis, Jarville où il débarque le 15 AOUT. Le 173° RI est alors incorporé à la 2EME Armée qui doit opérer de suite en Lorraine.

Entre le 17 et 19 AOUT 1914 le régiment progresse en milieu hostile pour atteindre les avant-postes, dans la forêt de Koeking

Le 20 AOUT au matin le 173° est engagé dans la bataille de Dieuze. A midi on lui demande de se replier en rompant le combat pour venir en protection des villages de Blanche-Eglise, Mulcey et Marsal. Dans la soirée il est regroupé sur la commune de Dombasle sur Meurthe.

Du 22 au 25 AOUT le régiment occupe statègiquement les communes de la région comme à Blainville sur l'Eau où ils bousculent les arrières gardes des allemands.

Le 26 AOUT, entre Mont sur Meurthe et Blainville le 173° engage un rude combat pendant 17 heures avant d'enlever, à la baïonnette, le village de Mont sur Meurthe, fortement défendu par l'ennemi. Ainsi, jusqu'au début septembre, il restera en contrôle des régions avoisinant Lunéville

PARTICIPATION A LA BATAILLE DE LA MARNE

Le 5 SEPTEMBRE 1914 le 173° fait mouvement pour rejoindre Ligny en Barrois où, le 8, il prend part à la bataille de la Marne. Il livre des combats très violents pour s'emparer de Mogneville, le Bois de Faux Miroir puis le noeud des voies ferrées de Revigny. De là il rejoint le Corps de la 3ème Armée à Dombasle sur Argonne. Les combats se multiplient dans cette région où les progressions se font de tranchées en tranchées solidement établies. Le 29 OCTOBRE le 173° opère dans la zone du Bois de Forges et engage le contact à la "cote 281".

Le 23 NOVEMBRE 1914 le régiment fait route vers Verdun et se cantonne à Haudainville, Ranzières et Mouilly pour être rattaché au 6ème Corps d'Armée

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1915

Durant tout l'hiver 1914/1915 le régiment restera sur Ranzières. Les emplacements français sont défendus chaque jour au prix de combats à la grenade sur les lignes de contact

Du 21 au 26 FEVRIER 1915 le 173° est associé aux troupes engagées sur l'attaque des Eparges. Il restera en place sous les bombardements intensifs des allemands. Du 23 au 26 AVRIL il est encore aux avant-postes pour effectuer une percée dans les lignes ennemies allant jusqu'à leur couper la route de Verdun. Le début du mois MAI 1915 bat les records de violence au niveau des assauts menés contre une division allemande positionnée sur Mouilly. Le régiment est relevé de sa position le 8 JUIN 1915

Au mois d'AOUT le 173° est envoyé sur Sainte Ménéhould pour participer à la bataille du Bois de la Gruerie. Le 13 AOUT il est à nouveau déplacé pour rejoindre, par voie ferrée et voie de terre, la région de Craonne, dans les Bois de Beaumarais. Il renforce le 118° RI fortement éprouvé par des combats au gaz.

1916

Dans l'hiver 1915/1916, le régiment est mis au repos sur les arrières d'Epernay sur le secteur de La Courtine et La Butte du Mesnil. Il s'emploie à renforcer les installations des organisations défensives.

Le 2 MAI 1916 il fait mouvement vers Vitry le François pour se cantonner à Aulnay l'Aitre.

Le 15 MAI le Général Pétain fait savoir que le 173° doit rejoindre la "Cote 304" sur la bataille de verdun. Il se met en mouvement dès le lendemain par voie de terre puis voie ferrée pour aller se cantonner dans Ville sur Cousances. Dans la nuit du 19 MAI les troupes prennent position sur la "Cote 304" où depuis des mois se déroule une lutte acharnée précédée de bombardements d'une violence inouïe. Pas de tranchées, pas de boyaux, que des trous d'obus jointifs sans cesse retournés par d'autres projectiles. Le ravitaillement y est quasiment impossible. Les troupes manquent d'eau. C'est là que, jusqu'à la fin du mois d'AOUT 1916, le régiment, par périodes de huit à dix jours, s'oppose, par une héroïque résistance, à la percée allemande en direction de ESNES. C'est dans cette page d'histoire que le 173° s'illustre de douloureux mais combien glorieux faits d'armes. Les pertes humaines sont immenses, mais malgré les attaques aux lances-flammes, aux bombardements des canons de 150 et 210mm réduisant tout en poussière, la mission qui lui avait été donnée: "Tenir à tout prix" a été respectée.

COTE 304 (29 Mai 1916)

Le 29 mai au matin, après un bombardement qui, de jour et de nuit dure depuis le 25, les Allemands lancent deux violentes attaques à quelques heures d'intervalle l'une de l'autre.

Ces attaques sont précédées en avant d'un feu roulant d'artillerie lourde d'une violence extaordinaire. Au déclenchement de l'attaque, dont l'effort se porte principalement sur le 2e bataillon, les officiers et les hommes montent sur les lèvres des entonnoirs et avec un adjudant qui brandit un drapeau tricolore, reçoivent les Allemands à la grenade, au chant de la « Marseillaise » et au cri de : « Les Boches, on les aura! ».

L'ennemi surpris, hésite un instant; puis pris sous les feux de mitrailleuses et un barrage de grenades, reflue en désordre dans ses tranchées d'où il ne sortira plus. Les bataillons sont alors soumis à un bombardement d'une violence redoublée.

A la suite de cette magnifique résistance, le général de Maud'huy, commandant le 15e corps d'armée, adresse au bataillon la lettre suivante :

"" Je suis heureux de vous transmettre les félicitations des généraux Pétain et Nivelle pour votre conduite. J'y joins les miennes, affectueuses et sincères. Dites à votre bataillon que je le félicite de sa belle tenue; après ce qu'il a fait, on peut avoir en lui une entière confiance à l'avenir.""

En outre, le colonel Demaret, commandant le régiment, reçoit du colonel Steinmetz, commandant la 252e brigade, la lettre suivante :

""Au moment où le dernier bataillon du 173e R. I. (4e bataillon) va être relevé en première ligne, je tiens à vous adresser les félicitations du général commandant la 123e division, commandant le secteur de combat, et du général commandant la 126e division, pour sa belle tenue et la conduite au feu de votre régiment. Les 2e et 4e bataillons surtout se sont trouvés dans des circonstances très difficiles et m'ont confirmé dans la confiance que je pouvais avoir en ma brigade.

Je suis fier de mes deux anciens régiments (173e et 255e) qui ont enfin pu donner ensemble la mesure de leur moral et de leur entrain.

En accordant un souvenir ému à ceux qui sont tombés glorieusement dans nos rangs, il faut songer à ceux qui se sont particulièrement distingués, et je vous prie de bien vouloir m'adresser des propositions de récompenses.

Les chefs de bataillon Collomb et Appert ont été l’âme de la belle résistance du 173e sur la cote 304 contre la violente attaque allemande du 29 mai 1916, consécutive à un long et intense bombardement de son artillerie lourde. ""

Le 2ème bataillon et la 3éme Compagnie du 173° RI sont cités à l'ordre de l'Armée, à la suite de ces opérations:

"" Soumis pendant plusieurs heures à un bombardement de gros calibre et d'une violence inouïe, dans des tranchées ébauchées et sans abri, a repoussé victorieusement, à deux reprises différentes, les attaques de tout un bataillon ennemi, en s'élançant sur lui à la baïonnette en criant: « Les Boches, on les aura » et en chantant la « Marseillaise ».""

La 3ème Compagnie de mitailleuses du 173° RI sous le commandement du Capitaine  Armingaud:

"" Soumise à un bombardement des plus violents, dans une tranchée de première ligne, sans abri, est restée stoïquement auprès de ses pièces, malgré les lourdes pertes qu'elle a subies et au moment des attaques allemandes, a pris par ses feux le flanc de l'adversaire et a puissammment contribué à repousser l'ennemi et conserver intactes ses premièrs lignes. A perdu 3 officiers. ""

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A la suite de ces attaques et distinctions, le régiment est transporté en camion à Beurey où il est mis au repos jusqu'au 11 juin. Le 13 il reprend ses positions sur la "Cote 304"

Les bombardements violents s'enchainent de nouveau. les 29 et 30 juin, deux attaques allemandes sont repoussées malgré un pilonnage incessant et des assauts au lance-flamme.

L'artillerie lourde ennemie s'intensifie encore les 1er, 2, 3 juillet. Mais à chaque assaut le 173° renforce sa position en retranchant les allemands sur leurs lignes.

Le 4 juillet une nouvelle attaque est lancée dès 18h00. Les adversaires sont une nouvelles fois repoussés.

Las de ces combats successifs, le régiment est relevé pour être cantonné à L'Isle en Rigault pour bénéficier d'un repos mérité jusqu'au 3 août. Le 5 il refait mouvement et remonte en secteur "Cote 304" dès le 12 août jusqu'au 12 novembre.

A la mi-décembre le régiment est cantonné dans les Bois de Nixeville pour préparer l'attaque de la "Côte du poivre".

Le 15 décembre, la pluie et la neige tombent en abondance. Un vent glacial souffle en tempête. Les tranchées sont transformées en ruisseaux de boue dans lesquelles les hommes, lourdement chargés, sont obligés de se tenir droits. Après une nuit complète de marche pour se mettre en position, les troupes attendent avec calme et confiance, la minute où elles porteront l'attaque au sommet de la "Côte du Poivre", observatoire depuis lequel l'ennemi, durant des mois, a observé tous les mouvements autour et dans Verdun.

A 10h00 l'assaut est donné. Une heure plus tard tous les objectifs sont atteints et 600 prisonniers allemands sont ramenés.

A la suite de cette attaque, le régiment est cité à l'ordre de la 2ème Armée dans les termes suivants:

"" Sous le commandement du Colonel Bizard, a atteint d'un seul élan le sommet de la Côte du Poivre (cote 342) fortement organisé et tenu par l'ennemi. Son objectif atteint a poursuivi sa marche en avant, nettoyant les abris, détruisant 11 canons, ramenant plus de 600 prisonniers et plusieurs mitrailleuses.""

Le 173° est à nouveau relevé et mis au repos jusqu'au 15 janvier 1917 avant de rejoindre Verdun.

1917

Du 17 Janvier au 31 mars 1917 le régiment ocupe plusieurs positions autour de Verdun, à savoir: la Ferme des Chambrettes, le Bois de Caurières, Louvemont.

Le 28 juin il se met en mouvement pour passer par Thonnange les Moulins, Noncourt, Sailly, Maconcourt où il reste jusqu'au 7 août dans l'attente de l'attaque prévue sur la "cote 344"

Les positions sont prises par 3 bataillonset le 20 août l'assaut est lancé à 4h40. Les tirs d'artillerie sont tellement intenses que les officiers dirigent leurs hommes à la boussole tant la visibilité est réduite à néant par les poussières et nuages de fumées. Tous les obstacles sont franchis dans les barbelés, réseaux de fils de fer, tranchées, tirs de barrage. A 7h00 les objectifs sont atteints. l'avancée est poursuivie sur 3 kilomêtres en profondeur. 5 officiers allemands et 150 hommes sont faits prisonniers et 5 mitrailleuses sont ramenées.

Du 21 au 24 août la riposte ennemie est terrible. Les obus pleuvent d'un manière intense et 5 contre-attaques sont tentées, en vain; le 173° tient bon et reste sur ses positions jusqu'au 29 août au soir, date à laquelle il est relevé pour rejoindre Bar sur Aube.

Pendant ce repos, le général Pétain vient passer le régiment en revue et lui annonce que, cité pour la deuxième fois à l'ordre des Armées, il lui confère la fourragère.

La citation est ainsi conçue:

"" Régiment magnifique de bravoure et d'entrain. Les 20, 21 et 22 août 1917, sous l'énergique impulsion du colonel Bizard, chef de corps d'une haute valeur morale, a enlevé des positions successives fortement organisées, sans se laisser arrêter par un feu nourri de mitrailleuses, ni par des réseaux de fils de fer incomplètement démolis, brisant la résistance désespérée de l'ennemi, résistant avec une vigueur sans exemple à toutes les contre-attaques, a capturé de nombreux prisonniers et un important matériel.""

Le 1er octobre 1917 le régiment, fier de sa fouragère verte, quitte Verdun pour gagner la Lorraine.

Il reste sur les bords de la Seille aux abords de Nancy vers Brin, Bey, Lanfroicourt et Haut Nomeny.

Les accrochages sont liés à des embuscades sans lendemains et sans dommages. Les missions ne sont que des guêts, surveillances actives et travaux fastidieux de renforcements de dispositifs de défense. Cette situation est maintenue jusqu'au mois de juin 1918.

Abri Bombardement

Champagne copain

1918

Le 4 Juin le 173° fait mouvement vers Nancy puis Pont Saint Vincent pour s'embarquer par voie ferrée à destination de Villers sous Coudun qu'il atteint le 8 juin.

Aussitôt il est confronté aux forces ennemies qui cherchent à s'ouvir la route vers Compiègne. Les combats s'engagent le 9 juin sur Le Matz puis Bourmont et Bayencourt. Pour la première fois le 173° doit se protéger des mitraillages de l'aviation allemande. L'artillerie adverse redouble sont pilonnage mais les positions des mitrailleurs corses restent inébranlables. L'opposition s'essouffle et cesse les assauts à 19h00. Le 173° RI s'installe sur "les Bois de la Montagne et de la Marquéglise"

Le lendemain, les forces allemandes redoublent de violence. L'ordre reçu des allemands est: "Ce soir on dort à Compiègne". Le régiment français résiste, mais au 5ème assaut, quasiment encerclé, il doit reculer d'un kilomêtre, le long de la voie ferrée de Villers sous Coudun. Les combats ont lieu dans des champs de blés séparés par des haies d'arbres, ce qui favorise les infiltrations ennemies de part et d'autre du site, mais sans succès.

Le 11 juin à partir de 14h00, l'artillerie lourde allemande décide de pilonner avec une extrème violence, les positions tenues le long de la voie de chemin de fer de manière à affaiblir les forces attachées à ce barrage, puis de lancer ses fantassins, grenadiers et mitrailleurs. C'est un échec. Le 173°, bien ancré sur la voie ferrée, repousse les ultimes assauts. Le calme revient pendant deux jours.

Mais, dans la nuit du 13 au 14, les allemands relancent une offensive d'artillerie d'envergure avec des tirs serrés et nourris d'obus à gaz, de fumigènes, de mines et de grenades éclairantes qui tombent en pluie sur le 173° attaché à sa voie ferrée. Les hommes sont terrés jusqu' 3h00 du matin où l'artillerie se tait pour permettre l'assaut des grenadiers ennemis. La surprise est de taille pour l'adversaire. Le 173° RI est toujours là et, de tir de barrage en tir de barrage, repousse une nouvelle fois ses assaillants. Les combats cessent définitivement et le régiment est chargé de cantonnersur la zone.

Dans le mois d'août le 173° se déplace vers Montigny en Chaussée puis Breteuil-Caply, troussencourt et Dommartin.

Un grand nombre de régiments français est regroupé dans ce secteur pour la "Grande Offensive".

L'attaque se déclenche le 8 août 1918 à 4h20 du matin. Le terrain est gagné champs par champs, colline par colline, chemin par chemin. Les affrontements ne se font plus dans les tranchées mais dans de vastes zones dégagées, sous un soleil de plomb. Le 173° s'empare de la "cote 98" au prix de combats acharnés et se heurte à un repli allemand protégé dans un épais blockhaus du côté de Damery au lieu dit "le Bois en Z". Le 173° recense de lourdes pertes en hommes. Il lancera tois assauts successifs en vain contre ce fortin. Le régiment est alors relevé pour aller se cantonner à Villers les Roye.

C'est alors qu'est publié l'ordre général n° 88 du général Debeney, commandant la 1ère Armée:

"" La bataille est gagnée!

A côté de nos alliés britanniques, vous avez rompu le front ennemi et dégagé Amiens; vous avez encerclé et pris Montdidier; enlevé de haute lutte les positions fortifiées qui couvrent Roye et libéré, sur une profondeur de 25 km, la terre sacrée de chère France

Seize divisions allemandes battues ont laissé entre nos mains plus de dix mille prisonniers, deux cent vingt canons et un matériel énorme.

En quittant les rives de l'Avre pour marcher en avant, saluons avec une pieuse émotion nos braves camarades tombés depuis cinq mois sur la ligne Hangard - Grivesnes.

Là, ils ont brisé l'invasion; là, ils ont préparé l'offensive vengeresse; là, ils ont, de leur sang, inscrit le mot d'ordre auquel vous vous êtes montrés fidèles et qui restera le nôtre :

« Nous voulons vaincre ! »,""

Signé : Général DEBENEY.

Suivra la lettre de félicitations du général commandant la 96° Brigade britannique qui a assisté à l'attaque du " Bois en Z " le 11 août 1918, conçue en ces termes élogieux:

"" MON GÉNÉRAL,

J'ai l'honneur de commander la 96e brigade d'infanterie qui a attaqué les lignes ennemies au nord de la route Amiens-Roye, du Bouchoir au bois en Z, pendant les journées des 10 et 11 août.

J'étais présent sur le champ de bataille pendant toute l'action et en contact intime avec vos braves troupes. J'ai vu une grande partie des combats en de nombreux points de la ligne; mais jamais de ma vie, je n'ai vu un plus beau spectacle de bravoure, d'ardeur, de devoir et de connaissance militaire qu'à l'attaque du bois en Z, faite par votre division, le 11 août, à 17 h. 30.

Veuillez accepter mes cordiales félicitations pour vos officiers et vos soldats. Je considérerai toujours comme le plus grand honneur d'avoir combattu à côté de tels hommes.

Veuillez, s'il vous plaît, faire connaître mon admiration et mes félicitations au colonel commandant l'infanterie de votre division.

Très fidèlement à vous. ""

Austin O Girdwood, Brig. General.

96e Brigade d'Infanterie.

Attaque de FRESNOY LES ROYE

Jusqu'au 25 août, ce sont des reconnaisssances hardies poussées aux lisières du village pour en définir les constructions défensives, sous de violents bombardements de tout calibre et d'obus chimiques. Aucun abri n'est favorable aux troupes qui gardent toutefois un esprit conquérant.

Le 26 août à 04h30, l'attaque est lancée.

Le 173° a devant lui des troupes décidées à une résistance désespérée. L'artillerie ennemie est encore dense. Le barrage allemand s'ouvre, violent et serré ; les mitrailleuses, nombreuses et abritées, arrosent furieusement la plaine.

Malgré cet ouragan de fer, la progression de nos groupes, quoique prudente, est tenace et permanente. De nombreux officiers sont tués ou blessés; les pertes sont sensibles.

Qu'importe! toutes les énergies sont tendues vers un même but : l'enlèvement de ce village transformé en solide et formidable point d'appui par l'ennemi. Près de trois bataillons de régiments différents (7°, 67°, 252° RI) défendaient cette position. Le combat a lieu dans les ruines des maisons, dans les caves, autour de blockhaus de mitrailleuses.

Malgré leur ténacité, les Allemands doivent céder le terrain et, devant un suprême bond de tous ces hommes, ils se rendent ou s'enfuient abandonnant, armes, équipements, matériel.

A 15 heures, le village est définitivement occupé; la liaison est établie avec le 112° RI qui, sur le flanc gauche, a mené une attaque violente et longue.

Au sud-est de Fresnoy, l'ennemi s'est solidement organisé dans un bois que défendent de nombreux groupes de mitrailleurs et de grenadiers : le "Bois Croisette". L'attaque est dévolue à la 46e division qui demande l'appui du 173° ; la 5° compagnie (capitaine Puvieux) est désignée.

Progressant à la grenade, par bonds de trous d'obus en trous d'obus, suivant aussi bien que possible le barrage roulant, s'infiltrant par le nord, passant sous les rafales de mitrailleuses, d'obus et de minnens, la 5° compagnie atteint son but. A 18 heures, les défenseurs du « Bois Croisette », encerclés, mitraillés, traqués à la grenade, lancent dans l'air leur cri de « kamarad ! ».

Ces opérations brillamment menées, valent au régiment, l'ordre élogieux n° 138 du général commandant la 126° division :

"" OFFICIERS ET SOLDATS DE LA 126° DIVISION,

Vous avez pleinement répondu aujourd'hui à l'appel que je vous ai adressé pour exécuter les plans du commandement et crânement vous coucher à Fresnoy ce soir.

Je n'avais jamais douté de vous, mais je tiens à vous dire toute ma satisfaction et ma fierté d'être à la tête de pareilles troupes, en qui je puis avoir pleine et entière confiance.

Vous m'avez expédié, aujourd'hui, 450 prisonniers et 16 officiers boches. Nous pourrons dénombrer un nombreux matériel de mitrailleuses et d'engins divers tombés entre vos mains. C'est un beau coup de filet, dû à votre élan irrésistible et à votre énergique volonté.

A tous, mes amis, mes compliments, et de tout cœur ! Nous tenons le bon bout. On en verra la fin.""

Le général commandant la 126° DI,

Signé : MATHIEU.

L'ennemi ne réagit plus. L'enlèvement de Fresnoy porte un coup décisif au moral allemand. Le 173° progresse ainsi de village en village en entrant dans Tilloy, Billancourt, Breuil, Mayencourt pour aller stationner sur cette zone jusqu'au 1er septembre 1918.

De là il repart pour Flers sur Noye et Essertaux.

Le 173e s'y couvrit de gloire; il fut cité pour la troisième fois à l’ordre de l’armée dans les termes suivants :

O. G. n° 137 – 1ere armée - 30 Septembre 1918 

"" Sous l'habile et énergique impulsion du lieutenant-colonel Houssais, chef de corps d'une inlassable activité et d'un admirable esprit de sacrifice, a fourni du 8 au 31 août 1918 un effort soutenu et prolongé, exigeant les qualités morales, l'esprit d'abnégation et de sacrifice, le mépris du danger, et la résistance à toutes les fatigues dont ce magnifique régiment n'a cessé de faire preuve et dont il vient de donner un nouvel et admirable exemple. A attaqué et enlevé un village particulièrement fortifié et qui servait de pilier à la résistance ennemie, provoquant ainsi un recul de tout le front allemand; puis a bousculé et poursuivi l'ennemi sans répit, l'empêchant, malgré plusieurs tentatives,  de s'arrêter sur de nouvelles positions et réalisant, en 3 jours de combats incessants, une progression de plus de 15km. A capturé 8 officiers dont un chef de bataillon, 250 hommes, 2 canons et un grand nombre de mitrailleuses. ""

Le général commandant la 1ère Armée

signé

Debeney

Au repos, le régiment se prépare aux nouveaux combats auxquels il va être appelé bientôt à participer. Il s'est fixé comme objectif de conquérir la deuxième fourragère jaune.

L'ordre d'alerte parvient le 20 septembre. Par étapes, à travers des villages ruinés, demi-détruits, une campagne désertique, par Folleville, Coullemelle, Lignières, le 173° vient stationner, du 22 au 29 septembre, dans les ruines de Tilloloy et de Lecessier qu'il quitte le 30 pour Nesles.

Les 1er et 2 octobre. il stationne à Villers-Saint-Christophe et Aubegny; les 3, 4 et 5, dans les décombres informes qui indiquent à peine les emplacements des villages du Fayet, de Selency, de Fraucilly-Selency, du Frauquoy et de Thorigny.

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Le 6 octobre 1918, à 05h00 du matin, le 173° entre dans la bataille de la "Ferme de Bellecourt". Plusieurs régiments s'y sont déjà heurtés. Une forte garnison allemande y est retranchée. La ferme est encerclée à 15h30. Les occupants sont sommés de se rendre: 1 commandant, 22 officiers et 410 soldats rendent les armes. Ce succès oblige l'ennemi à battre en retraite. Le 173° le pousse devant lui jusqu'à la Croix Fonsomme pour reprendre la voie ferrèe de Saint Quentin.

Le 10 octobre le régiment se déploie autour de la "Ferme de Forte" où l'ennemi est solidement établi au sommet d'un mamelon défendu par des mitrailleuses lourdes et des lignes de tranchées. L'attaque est décidée pour le lendemain matin 05h00 en appui avec le 55° et le 12° RI. La progression est meurtrière pour les forces françaises. Malgré la capture de 60 allemands, les 2 régiments avançant avec le 173° ne peuvent déboucher sur leurs objectifs. A midi, il est décidé de revenir au point de départ pour réorganiser les progressions.

Deux nouvelles attaques sont donc lancées le 12, mais se trouvent bloquées aux mêmes points que la veille. Les pertes sont importantes. Le 173° avait pourtant atteint la ferme.

Les 13 et 14 octobre, au cours d'une reconnaissance préparant une nouvelle offensive, le lieutenant-colonel Houssais, commandant le 173° est tué par un obus. Le colonel Patacchini est désigné pour le succéder.

Le 15 octobre 1918 à midi, une nouvelle offensive a lieu. Les moyens engagés sont renforcés et le 173° parvient à pénétrer pour la seconde fois dans la ferme, bouscule les occupants, pris d'assaut au corps à corps dans les bâtiments, cours et vergers. Les allemands, au mépris de ces hommes en lutte sur le site, écrasent la ferme sous une pluie d'obus vengeurs. Les forces françaises tiennent. Les contre-attaques sont jugulées par les garnisons de flanc et à 16h00 il est annoncé que la place est aux mains des 3 régiments victorieux. La nuit est calme jusqu'à 05h30 au matin du 16. L'ennemi compte reprendre la ferme. L'artillerie pilonne à nouveau le site avant de lancer plusieurs vagues d'assaut de ses mitrailleurs. les pertes sont lourdes pour l'ennemi qui reflue en désordre. Le 173° poursuit l'ennemi qui se défile devant lui, ainsi le 18 octobre il arrive jusqu'à Mennevret et le Forêt d'Andigny.

Le 20 octobre1918 le régiment est retiré de la bataille et dirigé vers Fontaine Uterte pour un repos grandement mérité. Il ne participera plus à aucun combat. Celui de la Ferme de Forte sera pour lui le dernier de ses faits glorieux dans l'épisode de la guerre 14-18

Le lieutenant-colonel Plan prend le commandement du régiment le 23 octobre 1918 pour recevoir la 4ème citation à l'Ordre de l'Armée, sous ces termes:

173e RÉGIMENT D’INFANTERIE (15e corps d’armée) :

"" Admirable unité de combat, sous l’impulsion généreuse du lieutenant-colonel Houssais, magnifique soldat tombé au champ d’honneur pendant la préparation d’une attaque, puis du commandant Patacchini, a soutenu du 7 au 18 octobre 1918, des combats presque journaliers pendant lesquels il a donné les preuves des plus belles vertus militaires. Forçant le succès par l’opiniâtreté de ses attaques, a enlevé à l’ennemi un important point d’appui très fortement organisé, défendu par une garnison nombreuse et résolue, et dont la chute a provoqué le repli de l’ennemi. A poursuivi et bousculé pendant 15 km puis attaqué l'adversaire qui se retranchait sur une nouvelle position, l'en a chassé après 4 jours de lutte acharnée et a conservé, malgré les plus violentes contre-attaques, un solide point d'appui chaudement disputé et qui devait servir de base à une importante opération ultérieure. Acapturé pendant cette période, i chef de bataillon, 22 officiers, 600 hommes et plus de quarante mitrailleuses.""

Le général de Division commandant la 1ère Armée

signé : DEBENEY

C'est à Tupigny que le régiment apprend la signature de l'armistice le 11 novembre 1918

Plus tard, le 13 novembre 1918, le Maréchal de France, commandant en chef, confèrera au 173° Régiment d'Infanterie, la Fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille Militaire.

Le 20 janvier 1919 il reçoit du général Gouraud, la Fourragère jaune avant de faire mouvement vers des occupations de secteurs sur le territoire allemand.

Le 173° rentrera définitivement en France le 14 août 1919

                                                     **********

ACTES INDIVIDUELS DE COURAGE ET FAITS D'HEROISME

Accomplis par des Militaires du 173e Régiment d'Infanterie

au cours des offensives du 8 au 17 Octobre 1918.

Prise de la ferme Bellecourt, par le 1er bataillon du 173e régiment d'infanterie :

Le 8 octobre 1918, les dernières positions de la ligne Hindenburg tenaient encore dans la région de X... L'ennemi s'y cramponnait avec l'énergie du désespoir. Plusieurs attaques avaient déjà été menées sans résultat par des troupes d'élite sur la ferme Bellecourt, point particulièrement organisé, farci de mitrailleuses, et dont les abris bétonnés, au dire des prisonniers, étaient occupés par tout un bataillon de contre-attaque, quand le 1er bataillon du 173e reçut l'ordre de s'emparer coûte que coûte de cette importante position.

La marche d'approche pour se rendre à la base de départ fut particulièrement rude : les éléments du 1er bataillon traversèrent sans hésitation des ravins balayés par des mitrailleuses ennemies et battus par les tirs de barrage. Le Boche n'avait pas épargné les obus toxiques; chacun dut mettre son masque; toutefois le moral restait inébranlable, l'esprit d'assaut intact.

A l'heure H, le bataillon protégé par sa compagnie de mitrailleuses s'élança vers l'objectif : les fusées partirent aussitôt de tous les points de la position ennemie et un violent tir de barrage s'abattit sur le bataillon, tandis que les mitrailleuses boches crépitant avec la dernière énergie, balayaient le terrain d'attaque.

Deux sections, d'un seul élan, purent parvenir à la ferme; l'une commandée par le sous-lieutenant Barazetti, l'autre par l'adjudant Banes, avec qui marchait le capitaine Lezerat, commandant une des compagnies d'attaque.

Pendant que l'une des sections, à coups de grenades et de fusils-mitrailleurs, forçait les défenseurs de la position à se rendre, l'autre section avait bondi aux abris de la troupe de contre-attaque, ne laissant pas le temps aux hommes de garde ennemis de faire fonctionner les mitrailleuses qui étaient placées à chaque entrée d'abri. L'affaire avait été menée avec rapidité et décision; le succès fut complet : toute la garnison fut capturée.

Cinq cents prisonniers environ furent faits dont 23 officiers ou assimilés et plusieurs feldwebel. Le matériel dénombré dans la position conquise comprenait une trentaine de mitrailleuses et plusieurs minenwerfer.

Prise du pont 130 et garde de la position par le 1er bataillon du 173e régiment d'infanterie :

L'ennemi occupait la position du pont 130 dont la prise était pour nous d'une importance capitale pour une progression ultérieure.

Le 1er bataillon du 173e R. I. reçut la mission, dans la nuit du 14 au 15, de s'emparer de ce point d'appui que l'on savait fortement tenu par des mitrailleuses. L'affaire fut soigneusement et habilement organisée et trois groupes, à 0 H. 45, s'élancèrent dans la nuit. Chacun était pénétré de sa mission, savait sa place et le rôle qu'il devait jouer. Le Boche était en éveil; dès le départ, il éventa le coup de main et mit ses mitrailleuses en action. Un des chefs de groupe et plusieurs de ses hommes furent blessés. Une minute de flottement, et, entraînés par l'adjudant Banes, les hommes reprirent leur marche rapide. Lui-même est blessé; craignant que l'attaque ne soit arrêtée, le sous-lieutenant Montoya qui se trouvait sur la base de départ du coup de main sans faire partie de l'opération, très crâne, s'élança à la tête des fractions. Suivant son exemple et voulant venger leurs camarades tombés, tous n'eurent qu'un cri : « En avant ». En quelques minutes, l'affaire était réglée : les groupes occupaient le pont, ayant mis le Boche en fuite et s'emparant d'une mitraillette. Mais les Allemands sentant l'importance de la position n'en restèrent pas là et ce fut une série de violentes contre-attaques venant de toutes les directions.

La garnison était affaiblie par ses pertes; on organisa la résistance, et. successivement, tous les assauts vinrent se briser sous le feu des défenseurs.

Le soldat Pons, véritable exemple de bravoure et d'abnégation, se portant avec la mitraillette qu'il avait prise aux points les plus menacés, arrêta chaque fois les assaillants.

Une dernière attaque précédée d'un violent bombardement à obus toxiques n'eut pour résultat que de laisser quatre prisonniers entre nos mains. Des renforts arrivèrent; cette poignée de braves avait rempli sa mission : pris et gardé le pont 130.

Prise de la ferme forte.

La 1e compagnie de mitrailleuses à la prise de la ferme Forte :

La journée du 15 a été dure, mais glorieuse pour le régiment : un solide point d'appui, une ferme, a été enlevée par nos poilus dont le moral, malgré huit jours d'une lutte âpre était toujours aussi élevé.

Dans la soirée, plusieurs contre-attaques boches se sont heurtées à une défense implacable. Le lendemain matin, voulant profiler de la brume, les Allemands essayent, une fois de plus, de nous ravir ces ruines qui nous ont coûté tant d'efforts. On voit se dessiner leur attaque, chacun d'eux connaissait son rôle : un à un, ils s'infiltrent, essayent de surprendre la vigilance de la faible garnison.

Des mitrailleurs boches s'avançant, se sont établis à une quarantaine de mètres de notre position. Mais en face d'eux, sont aussi nos mitrailleurs. Leur chef, l'adjudant Bayard, suit les mouvements de l'ennemi. Calme, sûr de lui et de ses hommes, il conçoit son plan : il passe un mot d'ordre : « Que personne ne tire avant mon signal »; et les mitrailleurs, confiants, attendent. Au moment où les mitrailleuses boches, en face engageaient la bande, un commandement! Notre mitrailleuse crépite; les Boches s'écroulent sur leurs pièces; un bond en avant, et la mitrailleuse ennemie était nôtre. La retourner fut l'affaire d'une seconde et nos poilus, fiers de leurs exploits, attendent, plus fermes que jamais, une nouvelle tentative ennemie.

Le 2e bataillon du 173e régiment d'infanterie à la ferme Forte :

Le 11 octobre, le chef de bataillon veut à tout prix faire parvenir un renseignement important au chef de corps. Il désigne le cycliste Salicetti. Le terrain à parcourir est long, absolument découvert, battu de toutes parts par de nombreuses mitrailleuses. C'est la mort presque certaine pour qui s'y aventure. Salicetti part cependant. II est touché d'une première balle : puis, successivement de trois autres. Malgré la perte de son sang et son épuisement extrême, il continue sa marche. Son itinéraire croise un poste de secours : le médecin veut l'y retenir. « Non ! répond Salicetti, je dois avant tout porter au colonel le pli qui m'a été confié. » Le poste du colonel étant à un kilomètre de là, Salicetti y parvient, accomplit sa mission, et c'est alors seulement qu'il consent à être pansé.

Le 11 octobre, le sergent Vincent et le soldat Enguerrand marchent avec la première vague à l'assaut d'une ferme forte-ment occupée et défendue par de nombreuses mitrailleuses. Un réseau de fil de fer épais et haut barre le chemin; les mitrailleuses ennemies tirent de toute part. Ne pouvant espérer couper ou franchir la trame du réseau, le sergent Vincent et le soldat Enguerrand se glissent sous lui, rampent jusqu'au bord opposé et bondissent sur les mitrailleurs ennemis. Ils en tuent deux et capturent 10 prisonniers.

Le 11 octobre, le soldat brancardier Braconi, déjà assez sérieusement blessé, entend en avant de la ligne les appels d'un de ses camarades touché d'une balle. Malgré le feu extrêmement violent des mitrailleuses qui balayaient le plateau, Braconi se porte en avant au secours du blessé. Une deuxième balle reçue immédiatement ne l'arrête pas; il continue jusqu'au moment où il tombe mortellement frappé de plusieurs balles. Cet homme seul, sans arme, portait à son bras le brassard de la Croix Rouge.

Le 3e bataillon du 173e régiment d'infanterie à la ferme Forte :

Le 15 octobre, à l'attaque de la ferme Forte, la 10e compagnie attaquait prenant une partie de la tranchée à revers. Marchant en tète, la baïonnette haute, l'agent de liaison Demange, Alsacien, venu comme volontaire sur le front français, fit preuve d'une telle ardeur qu'il allait plus vite que le barrage roulant, si bien qu'il arriva avant les obus de 75 sur un groupe de quinze Allemands qui attendaient le moment propice pour faire entrer leurs mitrailleuses en action. Telle fut leur surprise que devant la seule menace de cet homme résolu, ils levèrent les bras, abandonnant leurs armes.

A la ferme Forte, le 3e bataillon du 173e R. I. repousse victorieusement cinq contre-attaques. La plus dure fut celle du 16 octobre, lancée au petit jour après une formidable préparation d'artillerie.

Dans un trou d'obus avancé, une pièce de la 3e compagnie de mitrailleuses était en position, et attendait l'ennemi qui avançait de toute part. Sur quatre servants, trois sont mis hors de combat tant par le feu de l'artillerie que par les balles de mitrailleuses qui appuient l'attaque allemande. Resté seul à son poste, au milieu d'une fumée épaisse, le mitrailleur Felce, avec un sang-froid extraordinaire, continue à servir la pièce, chargeant, visant, tirant, empêchant ainsi les vagues d'assaut de déboucher du petit ravin où elles sont massées.

Une hardie patrouille de tête a cependant réussi à s'infiltrer à courte distance, sautant de trou en trou. Croyant le moment propice, le sergent allemand se précipite avec ses quatre hommes sur cet homme resté seul qui ose résister. En quelques balles bien ajustées, le soldat Felce les étendit raides morts, l'un après l'autre. Le dernier était tombé à quelques mètres à peine de sa pièce.

Aux armées, le 22 octobre 1918.

Le chef de bataillon

Commandant provisoirement le 173e R.I.,

Signé : PATACCHINI.

                      Cote_304

         Monument érigé en mémoire de ceux qui ont laissé leur vie à la "COTE 304"

                      Image10

Le 25 mai 2001, à Esne-en-Argonne (18 km au sud-ouest de Verdun) le monument dédié à la mémoire du 173° Régiment d'Infanterie, vient d'être inauguré, après son entière restauration, effectuée par l'Amicale des Anciens du Régiment, le souvenir Français et la Collectivité territoriale de la Corse.

Devant le monument fleuri, deux poilus, un capitaine et un soldat, rendent les honneurs militaires.. A leurs cotés, les deux petits enfants qui eurent le grand honneur de dévoiler le mémorial. La petite fille tient encore, soigneusement plié dans ses bras, le voile tricolore tandis que son frère ne semble pas du tout intimidé par le public. Le flambeau est transmis, charge à ces jeunes, de veiller à conserver et à perpétuer, à leur tour, aux générations futures, le devoir de mémoire de tous ceux qui sont morts pour la France

Le Régiment devient 173° de Réserve en 1951

Il est dissout 30 juin 2001

A la dissolution du 373ème RI puis du 173ème RI, la Réserve a été rattachée au :

2ème Régiment Etranger de Parachutistes (6° compagnie) qui est basé

au Camp RAFFALLI à Calvi. (photo ci-dessous les garants du drapeau)

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Des visages de nos héros ......

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Des actes de décès........

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(fiches éditées depuis le site www:memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr)

LES BOCHES, LES SCHLEUX, LES FRIDOLINS

Dans la lecture des citations et des actes individuels de courage et faits d'héroisme, vous avez pu être surpris de lire le qualificatif de "boche" pour nommer l'ennemi sur des écritures officielles de l'armée française.........mais au fait, d'où vient l'origine du mot "boche" ?

Il y a eu une époque pendant laquelle les Français affublaient les Allemands de toutes sortes d'expressions péjoratives. Boches, Schleuh, Fritz etc …Vous les connaissez, mais en connaissez-vous la provenance ?

Les Français aiment tellement les Allemands qu'au cours de l'histoire, ils les ont affublés de différents noms d'oiseaux plus charmants les uns que les autres.

Regardons cela d'un peu plus près.

La pire insulte, c'est le mot "boche".

L'apparition de BOCHE remonte à la seconde moitié du 19 ième siècle, vers 1860, et "boche", ça viendrait d' "ALBOCHE".

Alboche est un terme un peu plus ancien formé du préfixe "AL", abréviation de "allemand" et du suffixe "boche".

Et "boche", avant de désigner l'ennemi allemand, était utilisé dans l'argot du 19ième siècle dans l'expression "tête de boche" pour désigner une personne à la tête dure, "une tête de bois" puisque "boche", à l'origine, c'est une boule, une boule en bois comme celle que l'on lance dans un jeu de quilles, par exemple.

Donc, je résume:

la boche, la boule de bois

le boche, l'homme à la tête de bois,

l'Alboche, l'Allemand à la tête de bois, qui, abrégé, redevient boche.

Comme l'attaque est la meilleure défense, il y a une entreprise d'électroménager allemande, BOSCH pour ne pas la nommer, qui a judicieusement joué de cette homonymie dans son slogan : " c'est bien, c'est beau, c'est Bosch".

Autre dénomination très peu sympathique:

CHLEU ou bien CHLEUH avec un H ou parfois encore SCHLEU avec un S devant.

D'où vient ce mot dont la prononciation avec le son "sch" rappelle certaines caractéristiques de la langue allemande?

CHLEUH, c'est le nom des populations berbères du Maroc occidental.

Les soldats français qui combattent au Maroc au début du 20ième siècle appellent ainsi les soldats des troupes territoriales. A leurs yeux, ce sont des sauvages, des barbares qui parlent une langue incompréhensible.

Ce terme importé en France désigne alors les Alsaciens et autres frontaliers qui parlent une autre langue que le français, on dit que ce sont des chleuhs qui parle schleu, puis ce terme désigne le soldat allemand avant de désigner plus largement l'occupant allemand pendant la second guerre mondiale.

Terminons par une désignation moins violente mais non moins péjorative: le Fritz.

Fritz est un prénom commun en Allemagne, notamment à la fin du 19ième siècle, c'est le diminutif de Friedrich, l'un des prénoms favoris des Hohenzollern, les empereurs de Prusse.

Le Fritz se décline et donne pendant la première guerre le fridolin, le frisé et même le frisou pendant la seconde guerre mondiale...

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27 septembre 2006

1918 - Année noire pour la Corse

1918 Année Noire pour la Corse...

La guerre fait rage dans l'Est de la France et en Champagne. Tous les hommes valides de la Corse sont dans les tranchées depuis 4 ans (voir 173° Régiment d'Infanterie) pour affronter l'ennemi avec courage et bravoure.

Ils ont 20 ans pour la plupart...mais ils ont aussi 45 ans et sont pères de 3 enfants. ...La Corse faisant partie des très rares départements français à avoir vu mobiliser des pères de familles nombreuses au delà même de l'âge limite de rappel des réservistes.

Dans les villages, les anciens restés auprès des femmes et enfants, souffrent ensemble de la misère due au manque de ravitaillement et aux récoltes non faites par manque de bras. On attend avec espoir les permissionnaires qui profitent de leur temps de repos pour effectuer les travaux d'urgence. Tout le monde espère la fin de la guerre devenue interminable.

Justement ce 15 avril 1918 le vapeur "le Balkan" quitte le continent à destination de la Corse avec 519 passagers à bord dont 300 soldats permissionnaires. Malheureusement dans la nuit du 15 au 16, le navire est repéré par un sous-marin allemand. Il n'y a pas de quartier, le vapeur est torpillé au large de Calvi. Il sombre très vite entrainant avec lui, la mort de 417 passagers. Les secours repècheront les 102 survivants. Le sort noir avait encore frappé au plus fort du malheur.

h006   balkan

Voici une photo du vapeur "Le Balkan" torpillé dans la nuit du 15 au 16 avril 1918 et la plaque commémorative que l'on peut lire à Calvi.

Sur les monuments aux morts, cette tragédie a fait rajouter, à la liste gravée des morts pour la France, ces victimes civiles et militaires innocentes, comme à Ville di Petrabugno ou l'on peut lire:

Alexandrine et Lucie MANFRUELLI "torpillage du Balkan"

Pierre et Marie THIERS   "torpillage du Balkan"

(pour la lecture des fiches ci-après, cliquez dessus comme pour les photos)

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Ci-dessus, parmi d'autres, deux déclarations de décès établies par l'armée, relatant le torpillage du "Balkan" pour deux malheureux permissionnaires. Ces états de décès relatent, pour un soldat de Balagne, sa mort déclarée, suite à la découverte de son corps retrouvé au fond d'une barque échouée, non loin de L'Ile Rousse et provenant du vapeur "Le Balkan".

(Si vous voulez accéder à des recherches semblables, rapprochez vous du site "www:mémoire des hommes.sga.defense.gouv.fr")

Il ne faut pas oublier que 2 ans auparavant, une tragédie semblable s'est déroulée au large de la Grèce:

Le 23 février 1916, la « Provence II » quitte Toulon, son port d’attache pour les opérations dans la Méditerranée, avec à son bord un contingent de 2000 militaires dont un important détachement du IIIe Régiment d’Infanterie Coloniale destiné au renfort des troupes, 400 hommes d’équipage et environ 200 chevaux et mulets de l’armée. Le 26 février 1916, au large du Cap de Matapan (Grèce) (38°58 de latitude Nord et 18°59 de longitude), la « Provence II » est touchée à tribord par une torpille du sous-marin allemand UC 38 à 15 heures. L’ordre d’évacuer est donné et le Capitaine de Frégate Vesco, commandant le bâtiment, conserve son sang-froid pour organiser l’évacuation. Aussitôt des SOS sont envoyés par télégraphie. 17 minutes après son torpillage, la « Provence II » coule. Les rescapés sont recueillis par le navire hôpital français « Canada », le torpilleur français « Fantassin », l’aviso britannique « Marguerite » et le torpilleur français « Cavalier ». Seuls 870 hommes ont survécu à ce naufrage.

Parmi les naufragés, des victimes d'origine corse, appartenant aux Régiments Coloniaux. Ci-dessous nous pouvons lire l'avis de décès du soldat Baptiste Vincenti.

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LA GRIPPE ESPAGNOLE

L'été 1918 passe et en septembre, le plus lourd fléau que la terre ait connu s'abat sur l'Ile: La Grippe Espagnole, qui fera 20 millions de morts dans le monde.

Les populations de l'Ile, âgées de 20 à 40 ans, sont les victimes désignées par cette pandémie. Elle s'attaque donc principalement aux femmes et aux permissionnaires. Les villes et villages sont décimés en un automne. Le sort noir s'acharne une nouvelle fois sur la Corse pour parachever les effets dévastateurs de la guerre.

Extrait d'un rapport médical de l'époque:

« Quand on circule dans une salle de grippés, on est frappé par l’aspect de ces malades, à demi assis sur leur lit en décubitus latéral [allongés sur le côté], à la respiration brève et pénible qui montre déjà l’intervention des muscles respiratoires accessoires. Ici, on n’observe plus le faciès rouge du début mais un teint plombé. Le regard inquiet semble dire la crainte d’une asphyxie pulmonaire. Bientôt, c’est une pluie de râles sur toute la surface pulmonaire. C’est la forme œdémateuse où le malade crache une mousse blanche parfois sanguinolente. Puis survient l’asphyxie. »

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28 septembre 2006

Le Lieutenant Pol Lapeyre et le Sergent Béovardi

La pacification du Maroc – La guerre du Rif  1921-1926

« Ils ne nous auront pas vivants,

on leur réserve une drôle de surprise »

Un peu d’histoire

                               cartemaroc

                               MAROC

A cette époque, le Rif, chaîne montagneuse bordant le littoral méditerranéen du Maroc, est habité par de farouches tribus berbères.

Depuis 1912 et l’accord de protectorat conjoint de l’Espagne avec la France pour la sauvegarde du Sultan et de son royaume marocain, le Rif est devenu une poche de résistance contre l’occupation étrangère christianisante.

En 1921 cette opposition entre réellement en rébellion sous la conduite d’un chef nommé Abd'El Krim qui impose plusieurs défaites aux troupes espagnoles, notamment au mois de juin, à Anoual, où plus de 15 000 soldats trouvent la mort.

Fort de cette victoire, il proclame la république Rifaine en février 1922 et se nomme Président.

La France s’engage alors plus précisément dans cette campagne militaire avec le Maréchal Lyautey qui dépêche des forces coloniales importantes sur place, en disposant dans le Rif, des postes avancés pour protéger les régions de Fez et de Taza. Les escarmouches sont cuisantes jusqu’en 1925 où le Maréchal Pétain renforce encore le dispositif en regroupant les régiments coloniaux comme le R.T.S.M. (régiment de tirailleurs sénégalais au Maroc), le RICM (régiment d’infanterie coloniale au Maroc) et la légion étrangère, juste avant la grande offensive.

                                                                               Abdel

Le Fort de Beni Derkoul

1925

Le poste de Beni Derkoul n’est ni meilleur ni pire que les autres postes avancés bâtis dans les contreforts du Rif. Un mamelon pour observer à 360°, des constructions simples de pierres sèches liées à l’argile ou la chaux avec des toits de tôles ondulées. Des murets délimitent un quadrilatère renfermant ces petites baraques et à chaque angle s’avance un blockhaus fortifié relié aux autres par des tranchées, l’ensemble enroulé de fils barbelés protecteurs. La zone est aride, la végétation rase et l’eau est souvent manquante ou loin vers un puits ou un oued marécageux.

De ce mamelon on peut voir l’autre fort, celui de Achir Kane et plus loin deviner les sommets de Aïn Bou Aïssa.

                   Le S/ lieutenant  Pol Lapeyre    lapeyre

Beni Derkoul est servi par une section de la 8° compagnie du 1er RTSM (qui deviendra le 5° RTS en 1926).

A sa tête se trouve le sous-lieutenant Pol Lapeyre, chef de section, âgé de 21 ans. Il est là parmi l’ensemble de son régiment, réparti dans d’autres fortins isolés, au total 2 500 hommes sur un front de quatre cents kilomètres, étiré pour défendre la ville et la région de Fez ainsi que la riche plaine de l’Ouergha. Sa mission est simple. Il faut rester en contact avec les populations montagnardes et signaler toute agitation éventuelle susceptible de cacher des agissements d’Abd ’El Krim et de ses troupes.

Depuis qu’il est en place, Pol Lapeyre a fait effectuer des travaux d’aménagement de la place en renforçant les murs d’enceinte et en repoussant encore plus loin le barrage de barbelés. Il a fait augmenter les stocks de munitions et amener 500 kilos de dynamite en vue de percer une voie carrossable en direction du village de Tafrant où se trouve le PC de la 8° compagnie. Actuellement tous les ravitaillements ne peuvent se faire qu’à dos de mulets et les convois sont très vulnérables aux tirs embusqués.

Il a comme adjoint de section, un corse, le sergent Augustin Béovardi. Natif de Castagniccia, il connaît  l’élevage, ainsi il a commencé par rassembler un petit troupeau mis au pacage dans un enclos gardé à quelques centaines de mètres du fortin. La section aura ainsi de la viande et du lait.

On trouve encore deux soldats européens, Derboul et Darbelle qui se sont improvisés maçons dans les travaux de renforcement des constructions et tranchées. Ils occupent ainsi les trente sénégalais qui constituent le corps de la section.

La 8° compagnie est commandée par le Capitaine Pietri et le poste voisin de l’Aoudour, situé sur une crête à sept kilomètres de Beni Derkoul, est dirigé par le Lieutenant Franchi.

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Avril 1925

Pendant les visites d’inspection du Capitaine Pietri dans la première quinzaine du mois d’avril, tout semble calme dans les parages immédiats des fortins mais ce silence et cet immobilisme des populations laissent présager des actions quand le Lieutenant Lapeyre signale l’évacuation d’un village tout proche de sa position de Beni Derkoul. Le capitaine préfère lui accorder pendant quelques jours, le renfort de quarante tirailleurs supplémentaires en préventive à une action des résistants.

Le 15 avril des accrochages ont lieu non loin du fort et les sympathisants locaux ont dû se réfugier en débandade derrière les barbelés.

La nouvelle est télégraphiée au PC de la 8° compagnie mais la réponse du Capitaine Pietri ne parviendra pas. En effet les poteaux et câbles ont été détruits sur l’instant même. L’état major comprend aussitôt que le poste de Beni Derkoul est encerclé par les forces de Abd' El Krim comme vient de l’être également le fortin de l’Aoudour.

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Aucune force n’est suffisante pour espérer conduire un convoi de soutien. Le PC ne regroupe pas assez d’effectifs et d’armements. Seuls des avions peuvent effectuer quelques mitraillages aux abords des fortins pour soulager pendant quelques heures les assauts répétés.

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Beni Derkoul ne dispose que d’un canon de 75 et de deux mitrailleuses lourdes avec quelques grenades et des munitions pour une vingtaine de fusils.

Les vivres sont restreintes et l’eau potable est limitée à 600 litres environ.

Toute la semaine le fortin va subir des harcèlements permanents de jour comme de nuit.

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Le 20 avril Darbelle est blessé par balle au bras.

Le 24 avril, brusquement, toute la 8° compagnie s’enflamme avec les attaques simultanées des forts de Bibane, Archikane, Dar Remich. Le brouillard qui règne interdit toute communication par héliographe, ainsi les surveillances aux jumelles n’apportent aucune information sur la situation des assiégés.

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Deux jours plus tard le Capitaine Pietri arrive à savoir que le fort de l’Aoudour a subi des assauts violents où les assaillants ont pu entrer dans les enceintes pour s’emparer d’une mitrailleuse lourde et 10 000 cartouches. Cette arme assurait la couverture des soldats qui allaient au ravitaillement en eau potable. Désormais il sera impossible de sortir.

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Le Capitaine Pietri fera lancer par avion des blocs de glace dans le fortin pour leur apporter un maigre palliatif au manque d’eau.

Le lendemain, les nouvelles se noircissent davantage quand le PC apprend que les positions tenues par les 5° et 7° compagnies subissent les mêmes attaques violentes sur les places de M’Ghala, Ourtzagh, Bab Cheraka et Bou Adi.

A Fez ont est arrivé à dénombrer l’ampleur de l’offensive des troupes d’Abd’ El Krim en comptant plus de 50 000 combattants. Paris s’émeut et décide de faire acheminer au plus vite des renforts de régiments coloniaux stationnés en Algérie et en Tunisie.

La résistance des fortins de la 8° compagnie est exceptionnelle. Le PC leur ordonne de tenir coûte que coûte.

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Le 3 mai au matin le Capitaine Pietri tente une liaison avec le fort de Beni Derkoul en profitant du soutien d’un groupe mobile du général Colombat. Il atteint le fort et trouve la section du Sous-lieutenant Lapeyre avec un bon moral mais reclus dans des conditions précaires, buvant de l’eau croupie et mangeant de la viande avariée.

Au capitaine, il envoie, en montrant ses sénégalais : « Avec des soldats comme ceux là ils ne nous auront pas » et rajoute, plus solennellement : « Ils ne nous auront jamais vivants…j’ai une soute de 800 kilos de poudre…de quoi leur réserver une bonne surprise »

Les autres forts ne sont pas accessibles car sous les balles ennemies. Seuls des messages parviennent : « Envoyer blocs de glace »

Le 8 mai le sous-lieutenant Lapeyre fête l’anniversaire de ses 22 ans. Pour cadeau il a eu, durant toute la journée, une pluie fine qui a interdit aux rifains de monter des attaques et à ses hommes de récupérer une trentaine de litres d’eau en tendant des bâches. Les ordres de l’Etat-major, retransmis par le PC sont : « Tenir, tenir, tenir ». Il faut démontrer aux rifains que les forces françaises ne se laissent pas intimider et qu’elles ne cèderont aucune place forte.

Mais les fortins tombent. D’abord Aoulaï. Les soldats sont massacrés, lacérés à coups de couteaux et pendus par les pieds. Puis Ourtzagh cède et subit les mêmes atrocités. Enfin c’est au tour de Bab Cheraka où le sergent Bohème, dernier survivant, envoie un ultime message au PC : « Adieu »

Le Capitaine Pietri cache ces hécatombes aux autres forts et réitère les ordres : »Tenir, tenir, tenir »

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Bibane lutte jour et nuit du 23 mai  au 6 juin pour ne pas tomber à son tour. En vain, après avoir repoussé des dizaines d’assauts, un dernier message héliographe lance : « Ils sont dans nos barbelés. Poste fichu »

Il ne reste plus que Beni Derkoul. 11 hommes depuis qu’il en a perdu trois en allant chercher de l’eau dans l’oued voisin. Pol Lapeyre les voit, à cinquante mètres de ses barbelés. Ils ont été pendus par les pieds et les rifains ont allumé un feu sous leurs têtes. Les vivants souffrent de la dysenterie. Darbelle se fait blesser pour la seconde fois en  montant sur un muret durant la dernière attaque. Du côté rifain il avait entendu : « Combien reste-il d’européens dans le fort ? » Il avait répondu : « Assez pour vous dire merde » avant qu’une balle l’atteigne à la cuisse.

Le 11 juin des avions survolent le camp pour larguer blocs de glace, vivres, munitions et courriers. Dans un sac le Sous-lieutenant Pol Lapeyre trouve 15 décorations de la Croix de guerre avec palme et 1 médaille militaire. Il distribue les distinctions jusque sur les tombes des morts. Il apprend qu’il est proposé pour la légion d'honneur, celà le fait sourire, en regardant les crêtes tout autour et les mines ravagées de ses hommes.

Son adjoint, le Sergent Béovardi a été tué la veille. Il était le seul à savoir manipuler le canon de 75.

Sa décision est prise. Il connaît maintenant le sort de ses camarades qui sont tombés sous l’ennemi dans les forts voisins. Ses hommes n’auront pas le même sort.

Il fait regrouper ses barils de poudre, sa dynamite et les obus qu’il ne peut plus tirer. Il fabrique des mèches avec de la gaze.

Les attaques reprennent durant toute la nuit. Les rifains utilisent les canons récupérés dans le fort de Bibane.

Le 13 juin au matin Pol Lapeyre envoie un message : « Sommes plus que six »

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Le Capitaine Pietri scrute à la jumelle le mamelon encerclé et fumant. Il sait qu’il ne peut rien faire. Les renforts attendus sont loin d’être sur sa zone. Il assiste impuissant à l’agonie de Beni Derkoul.

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Le 14 juin au matin Pol Lapeyre télégraphie par héliographe : « Ma tour est prise, tirez dessus »

Puis plus rien. Pietri collé à ses jumelles voit s’embraser la colline. Il imagine la progression des rifains dans le fort et les six derniers survivants vendant chèrement leur peau. IL imagine les atrocités de ce combat au corps à corps……Puis, soudain....

...A 19h30, une énorme boule de feu s’élève du poste, submergeant la montagne dans un énorme vacarme sourd qui résonne en écho. Un champignon de volutes de fumées blanches monte dans le ciel.

Le Capitaine Pietri murmure entre ses lèvres crispées :

« Ils ne nous auront pas vivants,

on leur réserve une drôle de surprise »

Pol Lapeyre est aujourd'hui le parrain de la Corniche (qui rassemble les élèves des classes préparatoires aux grandes écoles militaires) du Lycée militaire de Saint Cyr.

Le texte de la citation est le suivant : "Lapeyre Pol, sous-lieutenant au 5ème régiment de Tirailleurs Sénégalais, commandant le poste de Beni-Derkoul comprenant 4 français et 31 sénégalais, a tenu en échec pendant 61 jours un ennemi ardent et nombreux, a conservé jusqu'au dernier jour un moral superbe, sans une plainte, sans un appel à l'aide. Le 14 Juin 1925, submergé par le flot ennemi, a fait sauter son poste plutôt que de se rendre, ensevelissant à la fois sous ses ruines les restes de sa garnison et les assaillants. Mérite que son nom soit inscrit au livre d'or de l'armée comme l'exemple du devoir et du sentiment de l'honneur." Louis Lyautey, Maréchal de France.

Depuis 1973, cette citation est lue chaque année devant les élèves de la corniche à l'occasion du "2S" (le 2 décembre, anniversaire de la bataille d'Austerlitz).

Il est à noter que la Corniche n'est plus officielle mais que ses pratiques perdurent, comme ici la citation, laquelle reste toutefois un modèle pour tout préparationnaire à l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr Coëtquidan.

Extraits de la presse locale du 22 juin 1925:

"Le poste de Béni Derkoul s'est fait sauter." FEZ le 22 juin, correspondant particulier de "l'Intransigeant", monsieur Pierre Causse télégraphie: le poste de Béni Derkoul s'est fait sauter. Cette simple phrase m'a été dite hier soir par un officier qui revenait de Skifa, à huit kilomètres à l'ouest de Beni Derkoul, et qui a assisté impuissant à l'agonie de ce petit poste. Il y avait là haut, à l'est de Téroual au sommet d'un piton rocheux, un sous lieutenant français, le lieutenant Lapeyre, et vingt deux tirailleurs sénégalais. Depuis huit jours, ce petit poste défendu par deux mitrailleuses résistait héroïquement. De Skifa où se trouvait un bataillon de tirailleurs sous les ordres du commandant Couture, on voyait chaque jour les assaillants se rapprocher un peu plus des retranchements du petit poste. Par signaux optiques, Beni Derkoul demandait du secours à Skifa: un canon de mitrailleuse pour remplacer celui d'une pièce hors d'usage, un tire point et un chasse cartouche pour réparer l'autre pièce qui ne valait guère mieux. Skifa, dont l'effectif était trop faible, transmettait ses demandes à Taffrant où se trouvait l'état major. Skifa insistait pour obtenir une section de 75 pour battre les pentes de Beni Derkoul où les "salopards" gagnaient du terrain petit à petit. Ces postes sont fort éloignés, routes difficiles, matériel encore insuffisant. Malgré la volonté des chefs, il ne put être donné suite à temps aux demandes transmises. Le 14 juin, à 19h 30, apès avoir envoyé un dernier SOS, indiquant que les Rifains avaient atteint ses fils de fer barbelés, que ses mitrailleuses étaient muselées et qu'avec six hommes pour défendre les quatre faces de son poste, il ne pouvait plus rien faire, le lieutenant Pol Lapeyre faisait volontairement sauter son poste, et s'ensevelissait sous les décombres avec ses derniers défenseurs pour ne pas tomber vivant aux mains de l'ennemi.

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Le sergent Béovardi a son nom inscrit sur la plaque de marbre des "Soldats morts pour la France" qui est apposée contre la façade principale de l'Eglise de Rusiu, en Castagniccia, avec ceux qui ont laissé leurs vies en 14-18 dans l'Est, à Verdun ou sur le Chemin des Dames.

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