1918 Année Noire pour la Corse...

La guerre fait rage dans l'Est de la France et en Champagne. Tous les hommes valides de la Corse sont dans les tranchées depuis 4 ans (voir 173° Régiment d'Infanterie) pour affronter l'ennemi avec courage et bravoure.

Ils ont 20 ans pour la plupart...mais ils ont aussi 45 ans et sont pères de 3 enfants. ...La Corse faisant partie des très rares départements français à avoir vu mobiliser des pères de familles nombreuses au delà même de l'âge limite de rappel des réservistes.

Dans les villages, les anciens restés auprès des femmes et enfants, souffrent ensemble de la misère due au manque de ravitaillement et aux récoltes non faites par manque de bras. On attend avec espoir les permissionnaires qui profitent de leur temps de repos pour effectuer les travaux d'urgence. Tout le monde espère la fin de la guerre devenue interminable.

Justement ce 15 août 1918 le vapeur "le Balkan" quitte le continent à destination de la Corse avec 519 passagers à bord dont 300 soldats permissionnaires. Malheureusement dans la nuit du 15 au 16, le navire est repéré par un sous-marin allemand. Il n'y a pas de quartier, le vapeur est torpillé au large de Calvi. Il sombre très vite entrainant avec lui, la mort de 417 passagers. Les secours repècheront les 102 survivants. Le sort noir avait encore frappé au plus fort du malheur.

h006   balkan

Voici une photo du vapeur "Le Balkan" torpillé dans la nuit du 15 au 16 août 1918 et la plaque commémorative que l'on peut lire à Calvi.

Sur les monuments aux morts, cette tragédie a fait rajouter, à la liste gravée des morts pour la France, ces victimes civiles et militaires innocentes, comme à Ville di Petrabugno ou l'on peut lire:

Alexandrine et Lucie MANFRUELLI "torpillage du Balkan"

Pierre et Marie THIERS   "torpillage du Balkan"

(pour la lecture des fiches ci-après, cliquez dessus comme pour les photos)

balk2        balkan_mort

Ci-dessus, parmi d'autres, deux déclarations de décès établies par l'armée, relatant le torpillage du "Balkan" pour deux malheureux permissionnaires. Ces états de décès relatent, pour un soldat de Balagne, sa mort déclarée, suite à la découverte de son corps retrouvé au fond d'une barque échouée, non loin de L'Ile Rousse et provenant du vapeur "Le Balkan".

(Si vous voulez accéder à des recherches semblables, rapprochez vous du site "www:mémoire des hommes.sga.defense.gouv.fr")

Il ne faut pas oublier que 2 ans auparavant, une tragédie semblable s'est déroulée au large de la Grèce:

Le 23 février 1916, la « Provence II » quitte Toulon, son port d’attache pour les opérations dans la Méditerranée, avec à son bord un contingent de 2000 militaires dont un important détachement du IIIe Régiment d’Infanterie Coloniale destiné au renfort des troupes, 400 hommes d’équipage et environ 200 chevaux et mulets de l’armée. Le 26 février 1916, au large du Cap de Matapan (Grèce) (38°58 de latitude Nord et 18°59 de longitude), la « Provence II » est touchée à tribord par une torpille du sous-marin allemand UC 38 à 15 heures. L’ordre d’évacuer est donné et le Capitaine de Frégate Vesco, commandant le bâtiment, conserve son sang-froid pour organiser l’évacuation. Aussitôt des SOS sont envoyés par télégraphie. 17 minutes après son torpillage, la « Provence II » coule. Les rescapés sont recueillis par le navire hôpital français « Canada », le torpilleur français « Fantassin », l’aviso britannique « Marguerite » et le torpilleur français « Cavalier ». Seuls 870 hommes ont survécu à ce naufrage.

 

 

Parmi les naufragés, des victimes d'origine corse, appartenant aux Régiments Coloniaux. Ci-dessous nous pouvons lire l'avis de décès du soldat Baptiste Vincenti.

 

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LA GRIPPE ESPAGNOLE

L'été 1918 passe et en septembre, le plus lourd fléau que la terre ait connu s'abat sur l'Ile: La Grippe Espagnole, qui fera 20 millions de morts dans le monde.

Les populations de l'Ile, âgées de 20 à 40 ans, sont les victimes désignées par cette pandémie. Elle s'attaque donc principalement aux femmes et aux permissionnaires. Les villes et villages sont décimés en un automne. Le sort noir s'acharne une nouvelle fois sur la Corse pour parachever les effets dévastateurs de la guerre.

Extrait d'un rapport médical de l'époque:

« Quand on circule dans une salle de grippés, on est frappé par l’aspect de ces malades, à demi assis sur leur lit en décubitus latéral [allongés sur le côté], à la respiration brève et pénible qui montre déjà l’intervention des muscles respiratoires accessoires. Ici, on n’observe plus le faciès rouge du début mais un teint plombé. Le regard inquiet semble dire la crainte d’une asphyxie pulmonaire. Bientôt, c’est une pluie de râles sur toute la surface pulmonaire. C’est la forme œdémateuse où le malade crache une mousse blanche parfois sanguinolente. Puis survient l’asphyxie. »